Vie des bibliothécaires

Qui se cache derrière le masque ?

Au Corolab des Bibliothèques de la Ville de Paris, pendant plus d’un mois, des bibliothécaires volontaires ont fait tourner les imprimantes 3D pour produire des visières, ont cousu des pyjamas pour les structures hospitalières et des masques pour ceux qui en auraient besoin. Sans oublier les masques à destination de nos collègues en vue de leur retour en bibliothèque et notamment pour nos collègues sourds et malentendants présents dans les Pôles Sourds du réseau des bibliothèques parisiennes.

En même temps, nous avons vu les initiatives se multiplier en France et des articles de presse ou des reportages présenter des masques avec une partie transparente pour faciliter la lecture labiale.

Côté Réseau des bibliothèques de Paris, le Bureau des Bibliothèques et de la Lecture a commencé à avoir des demandes des collègues malentendants ou sourds qui travaillent dans nos bibliothèques. Nous avons également constaté les débats au sein de la communauté sourde. Au Corolab, nous avons pensé que ce serait bien de proposer plusieurs solutions, et qu’ainsi chacun pourrait choisir. Alors les bibliomakers couturières sont allées à la recherche de divers tutos, ont fait des tests, prototypé. Et bien sûr consulté quelques-uns de nos collègues sourds pour connaître leurs envies, leurs avis, d’ailleurs bien représentatifs des débats et polémiques sur le sujet ! L’essentiel était, sans pouvoir trancher, d’initier un dialogue, échanger avec la communauté des locuteurs LSF notamment pour éviter un écueil bien connu :  » Ce sont encore des personnes entendantes qui décident pour les sourds! ». On pourra utilement voir à ce sujet la vidéo sur le « hearing savior ».

Certains souhaitent ainsi avoir un masque classique plus une visière,  un agent cite l’exemple de l’association Visuel Grand Est qui suggère pour leurs formations et réunions de disposer de visière et masque,  d’abaisser le masque à certains moments (et préalablement de se laver les mains).

À partir de tous ces éléments, on a décidé de fabriquer un masque avec une partie transparente pour celles et ceux qui souhaiteraient l’utiliser avec les équipes de travail. Un tuto a été créé.

Et les couturières se sont mises au travail ! Alors c’est vrai, le masque adapté est moins confortable que le masque en tissu, il n’est pas normé, mais on espère que celles et ceux qui le porteront y trouveront leur compte.

Les principales caractéristiques du modèle adapté fabriqué au Corolab :
– Bande plastique de 5 cm => bouche bien visible ET moins d’inconfort pour les porteurs  à cause du plastique
– Pièces de tissus limitées et bien calibrées qu’on peut faire en série => confort et grosse réduction du temps de confection
– Protection de même nature que les masques en tissus (coutures sur un bord large)
– Masques « lavables » via bain de 2-3 mn dans une eau chaude (60° max) et repassables entre deux serviettes
– Service anti-buée en option :-)) : déposer une légère pellicule de savon ou de liquide vaisselle sur la visière et les rebords du tissu

En résumé…
Les échanges avec des bibliothécaires sourds ont en effet fait apparaître les avis suivants : Masque en tissu :
> Cache une grande partie du visage alors que la grammaire de la LSF inclut des mimiques faciales.
> Impossible dans une communication de groupe (à partir de 3 personnes) de savoir qui s’exprime, car il y a une perte des repères pour les personnes sourdes. L’isolement que cela peut engendrer est un risque psychologique important.
> Utile pour les situations de travail isolées et les transports maison/travail.
> En cas de port d’un appareil auditif, difficile à fixer derrière les oreilles.

Masque adapté (une partie en tissu et une bande transparente)  :
> Nécessite un film plastique transparent type pvc ou polyane et les avis des collègues sourds sont partagés sur le sujet.
> La fabrication nécessite un peu plus de temps qu’un masque en tissu classique, mais c’est faisable.
> Si port d’un appareil auditif, difficile à fixer derrière les oreilles.

Visière :
> Permet aux locuteurs de la LSF de s’exprimer pleinement : mimiques faciales, indications sur le visage possible tout en protégeant le.la protagoniste signant s’il a les mains sales.
> Protège à priori moins bien qu’un masque en tissu.
> La majorité des bibliothécaires sourds interrogés apprécient cette solution pour la communication.

Pour finir, le Bureau des Bibliothèques et de la lecture a souhaité néanmoins proposer ces 3 solutions aux agents du réseau des bibliothèques, sourds, malentendants, signants ou non, appareillés ou non, et également à leurs équipes.

Le Corolab peut également créer un autre accessoire adapté pour les masques chirurgicaux : pour les agents qui le souhaitent, notamment en cas d’appareillage auditif, une pièce légère, « porte-masque » peut s’adapter pour ne pas être gêné derrière l’oreille.

Et voici un tuto proposé par le mouvement des Sourds de France :

Une réflexion sur “Qui se cache derrière le masque ?

  1. A reblogué ceci sur cyrzbibet a ajouté:
    L’une des dernières activités du Corolab de la médiathèque Duras a été de prototyper des masques adaptés pour les bibliothécaires sourds ou malentendants des bibliothèques de Paris. Nous présentons ici ce travail.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s