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« Une clé sur le monde » : entretien avec Victor Abbou

Entretien avec Victor à la bibliothèque Chaptal le 30 juin dernier !

Anne Laurence : Bonjour Victor, bonjour à tous !
J’ai le grand plaisir d’accueillir Victor Abbou !
Je t’ai invité car j’ai envie de te poser plein de questions sur la sortie de ton nouveau livre paru récemment, début mai 2017. Tu es prêt ?

Victor : Oui, oui.

Anne Laurence : Premièrement…   J’ai lu le livre que tu as écrit. Il m’a énormément touchée. C’était agréable à lire, original… Un témoignage incroyable ! J’ai envie de te demander comment cette idée d’écriture t’est venue ? Tu peux expliquer ?

Victor : Oui, comment l’idée d’écriture est née…  Cette idée date d’il y a 30 ans. Elle m’est apparue lors des formations dans la première école de France pour les futurs  interprètes, Serac. J’étais le premier professeur à y participer ! Je demandais aux élèves interprètes s’ils connaissaient IVT. Peu d’entre eux connaissaient. Et moi cela me semblait important : qui était telle ou telle personne, pourquoi IVT existait, quels étaient ses objectifs…

Cela durait 2 ou 3 heures, je croyais que c’était trop. Mais les élèves en redemandaient ! Ils trouvaient ça intéressant, émouvant, à ma grande surprise ! Après toutes ces émotions et cet intérêt, une toute première élève entendante m’a dit que je devais absolument écrire un livre. Moi ? Ecrire un livre ! Cela ne me correspondait pas du tout ! Et à l’époque, dans ma communauté sourde, on ne parlait jamais d’écriture de livre ! Et l’université, ça n’existait pas pour eux ! J’ai donc tourné la page.

Mais l’année suivante, un nouveau groupe d’élèves interprètes est arrivé. Je leur ai à nouveau demandé s’ils connaissaient IVT. C’était non ou peu. A nouveau, ils ont été énormément intéressés. A nouveau, une élève entendante m’a conseillé d’écrire un livre. Et chaque année c’était la même histoire !

C’est vrai que l’idée d’écrire un livre vient des entendants. J’ai continué à hésiter à le faire. Et puis, en devenant retraité il y a dix ans, je me suis décidé à m’engager dans un processus d’écriture. Ecrire le français n’est pas mon fort. Mon ami sourd André Minguy m’a recommandé d’écrire cette belle histoire, d’en garder une trace. Mais comment rédiger un livre ? André m’a invité à m’aider par tous les moyens, en écrivant lui-même. J’ai été touché par son geste. Et l’écriture a été lancée… Plus tard, j’ai informé ma fille Katia, interprète diplômée, que je préparais l’écriture d’un ouvrage. Elle était vraiment enchantée de cette excellente idée ! Et elle m’a demandé qui allait écrire le livre. Quand je lui ai répondu que ce serait mon ami André, Katia a eu l’air déçu.  Pourquoi pas moi ? a-t-elle dit. Oh, je trouvais cela délicat dans notre relation père et fille, même si nous avons une relation bonne et très forte.

C’était la première fois qu’un texte allait être traduit comme ça. Nous avons eu une sérieuse discussion précisant différents points et nous sommes mis d’accord sur les conditions. Et finalement tout s’est bien passé.

Anne Laurence : C’est intéressant ! Justement à propos de la relation entre ta fille et toi, quelles ont été les différentes étapes de votre travail ? Tu peux nous l’expliquer ?

Victor : Il y a tant de choses à dire ! Alors, l’organisation…

Je n’ai pas écrit, mais je me suis exprimé en LSF en me filmant, tout seul à la maison pendant que ma femme allait travailler. Etant à la retraite, j’étais tranquille et à l’aise pour signer… Et j’ai stocké beaucoup de vidéos. J’ai tout donné à ma fille, surprise d’une telle production, et lui ai souhaité bon courage… Devant la montagne de travail, elle a traduit sans relâche… Cela lui est même arrivé de pleurer ! Ah oui ! Elle avait dit qu’elle voulait écrire !! J’ai voulu qu’elle m’envoie régulièrement deux ou trois pages. Je les lisais avec satisfaction, mais parfois il y avait une phrase que je ne comprenais pas, alors j’appelais Katia pour qu’elle m’en explique le sens. Ce qu’elle faisait en LSF et je validais. Il est arrivé aussi que Katia ne saisisse pas bien le sens de mon discours. Il fallait alors rechercher dans la masse des vidéos ! Et effectivement, je m’étais mal exprimé… La fatigue… Du coup je recommençais la séquence et lui redonnais. Cela lui permettait d’avancer. Elle ne s’en moquait pas, elle aussi avait droit de m’appeler si elle ne me comprenait pas ! Nous avions une parfaite entente. Ensuite elle m’a appelé juste de temps en temps.

Et puis tout cet énorme travail a été terminé. Cela a duré quatre années ! Quatre ans ! Pas à plein temps bien sûr !

Katia et moi avons fait une petite réunion dans l’objectif de bien vérifier l’ordre des textes en fonction de ce que je souhaitais. Puis d’autres rendez-vous pour regarder cela encore de près. Le résultat me correspondait vraiment bien. Et Katia est restée neutre. Résultat, c’est bien terminé !

Anne Laurence : Tu sens que ce livre est écrit dans ton style ou dans celui de ta fille ?

Victor : C’est très important que le style soit entièrement celui de l’auteur. C’est bien mon style, celui de Victor. Le message doit être fidèle. Katia a suivi complètement mes idées, qui m’appartiennent, ma création, mon expression. C’est un message vraiment fidèle !

Une personne qui a lu mon livre a dit avoir retrouvé exactement mon style, ma forme d’expression. C’est-à-dire qu’elle en oublie la traductrice, mais cela n’enlève rien à la qualité de la traduction, au contraire !

Anne Laurence : Dans l’ensemble de ce livre, on sent la puissance de la langue des signes. En plus des QRcode ont été intégrés pour qu’on puisse regarder le texte signé. Comment as-tu eu cette idée ?

Victor : Les QRCode sont des flashcodes de forme carrée. On les a créés en parallèle du texte pour permettre aux personnes  qui ne maitrisent pas bien la lecture de regarder le texte en LSF, d’être à égalité. Ce projet a été mis en place avec tout mon cœur et pour tous !

L’idée est venue de l’éditeur EYES  EDITIONS dont voici le signe. Il m’a proposé de faire une vidéo du texte en lien avec le livre. Cela me paraissait un travail énorme ! Nous avons cherché une solution. L’éditeur m’a invité avec une journaliste professionnelle diplômée sourde et deux caméramans professionnels également sourds. La journaliste a lu mon roman et a sélectionné quelques passages. Puis elle m’a interviewé pendant environ une heure. Cela m’a fait plaisir. Je suis content que les sourds et les entendants puissent tous lire le livre ou regarder les vidéos en LSF !

Anne Laurence : Malheureusement, je n’ai pas encore visionné ces vidéos en LSF.

Victor : La réalisation est en cours, elle devrait être prochainement terminée pour juin ou juillet. Moi aussi, je suis pressé de voir les vidéos.

Anne Laurence : Vous avez envie de commander ce livre ? Comment faire ?

Victor : Il y a 2 options : le commander ou l’acheter sur place.
On peut le commander sur internet à l’adresse suivante : www.eyes-editions.com.
Sur place, à l’occasion d’une conférence. Il y aura des dates dans les mois à venir y compris ici à la bibliothèque Chaptal.

Anne Laurence : C’est super. J’espère que nous allons t’inviter à venir ici pour une rencontre peut-être en octobre ou novembre ou plus tard. Et que vous viendrez nombreux.

Je te remercie d’être venu et d’avoir répondu à mes questions. J’ai été ravie !

Victor : Merci, moi aussi.

Anne Laurence : Au revoir !

Victor : Au revoir !

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